Histoire de Barfleur : un port normand millénaire

Le port de Barfleur peint par Jean-Baptiste Antoine Guillemet en 1876
Jean-Baptiste Antoine Guillemet, « Le port de Barfleur » (1876), domaine public (Wikimedia Commons)

Barfleur n’est pas un village de bord de mer comme les autres : c’est un port normand millénaire, tourné vers l’Angleterre depuis le XIᵉ siècle. Son histoire se lit dans ses maisons de granit, son église au clocher fortifié et ses quais où la pêche continue de rythmer les journées.

Des Vikings aux ducs de Normandie

Le nom même de Barfleur vient du norrois, la langue des Vikings : Barflot, « la baie exposée au vent ». Au XIᵉ siècle, le port est déjà un point de passage majeur entre la Normandie et l’Angleterre.

C’est ici que la tradition situe la construction du Mora, le navire offert par la duchesse Mathilde à son époux Guillaume le Conquérant pour la conquête de l’Angleterre en 1066. Pendant deux siècles, les ducs puis rois d’Angleterre embarquent régulièrement à Barfleur : Henri II, Richard Cœur de Lion et bien d’autres traversent ici la Manche. Au Moyen Âge, le port accueille aussi les navires marchands de la Hanse, qui font de Barfleur une escale majeure du commerce entre la mer du Nord, la Normandie et la péninsule Ibérique.

Une église fortifiée, témoin des guerres

L’église Saint-Nicolas, construite au XIIᵉ siècle, raconte à elle seule les périodes troubles de l’histoire barfleutaise. Pendant la guerre de Cent Ans, puis pendant les guerres de Religion, sa tour est fortifiée : elle sert de refuge et de poste d’observation aux habitants. Son clocher massif, coiffé d’une flèche de granit, domine toujours le port, un des rares exemples de ce type en Normandie.

1692 : la bataille de Barfleur

Le 29 mai 1692, au large du Cotentin, la flotte française de Tourville affronte la flotte anglo-hollandaise de Russell. La bataille de Barfleur est l’un des grands affrontements navals du règne de Louis XIV. Indécise sur le moment, elle se solde par une défaite française quelques jours plus tard à La Hougue, à une trentaine de kilomètres au sud. Le nom de Barfleur reste depuis attaché à plusieurs navires de guerre britanniques, dont un vaisseau de ligne du XVIIIᵉ siècle.

Le XIXᵉ siècle : phare, quais et peintres

Au XIXᵉ siècle, le port est reconstruit avec ses quais de granit actuels. En 1835 s’allume le phare de Gatteville, à quelques kilomètres de Barfleur : avec ses 75 mètres, c’est l’un des plus hauts phares de France. Sa lanterne, visible à plus de 50 km en mer, guide les navires qui doublent la pointe du Cotentin.

La lumière si particulière de la baie attire alors les peintres. Jean-Baptiste Antoine Guillemet et Paul Signac ont tous deux peint le port de Barfleur, leurs toiles, aujourd’hui dans les musées, montrent un quai déjà occupé par les bateaux de pêche. Cette tradition se poursuit aujourd’hui : voir Barfleur, ville d’art.

Le XXᵉ siècle : la guerre, puis la reconstruction

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la pointe du Cotentin est intégrée au mur de l’Atlantique. Barfleur, comme toute la côte, subit les bombardements. Le village est libéré à l’été 1944, dans la foulée du débarquement de Normandie et de la prise de Cherbourg. Les dégâts sont importants, et une partie des maisons du bord de mer est reconstruite après-guerre, c’est pourquoi l’on voit encore, çà et là, des bâtiments plus récents mêlés aux maisons de pêcheur des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.

Aujourd’hui : un port vivant

Barfleur n’est pas un musée : c’est un port de pêche actif, où la coquille Saint-Jacques, la langoustine et le bulot rythment les saisons. La marée basse vide presque entièrement le bassin, offrant un spectacle unique : les bateaux reposent alors sur le sable, au pied de l’église.

Repères chronologiques

  • XIᵉ siècle : construction du Mora, départs des ducs de Normandie vers l’Angleterre
  • XIIᵉ siècle : édification de l’église Saint-Nicolas
  • 1346-1450 : guerre de Cent Ans, fortification de l’église
  • 1692 : bataille navale de Barfleur
  • XIXᵉ siècle : quais de granit, phare de Gatteville (1835), passage des peintres
  • 1944 : libération de la pointe du Cotentin
  • Aujourd’hui : port de pêche actif, village patrimonial

Pour compléter la visite : le port de Barfleur et sa vie de pêche, les maisons de pêcheur et le tour du village se découvrent facilement à pied, en une boucle d’une heure depuis le quai.

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